L'empire Théran

Si l’on en croit les nains de Throal, les adjectifs les plus associés aux Thérans sont : « affreux, conquérants, hautains, indésirables ».
Ils n’ont pas tort.

Cependant, ce serait une remarquable erreur que de ne pas considérer les choses dans leur ensemble. L’inimitié des provinciaux de Barsaive envers l’empire Théran est le fruit d’une longue histoire de trahisons, de guerres et de commerces non équitables. Nul ne sait réellement quel est l’intérêt des Thérans pour Barsaive. Un instinct de vengeance transmis à ses descendants par le vieux mage exilé ? Une rancœur sourde contre une puissance politique voisine ? La franche volonté d’apporter à la province une forme pérenne de paix et d’unité ? Ou tout simplement une soif de conquêtes qui passe par les terres fertiles du fleuve Serpent ? Cette dernière hypothèse sera celle qu’avanceront les décideurs politiques prudents et circonspects. Les autres se méfieront quand même de ce voisin fort gênant.
Si leurs intentions sont encore floues, il faut toutefois noter que le territoire Théran accueille sans aucune réserve les Barsaiviens, et que l’on a pu récupérer par conséquent nombre de descriptions de leurs modes de vie.

Les cités

Les villes Théranes sont de véritables bijoux de technologie et de thaumaturgie. S’ils ont conservé leur architecture si claire des bords de la grande mer, ils ont cependant développé tout un écosystème naturel qui permet à la cité de vivre, se nettoyer et se renouveler en grande partie par elle-même. Avec l’aide de golems nettoyeurs et d’une sélection fort stricte d’animaux et de plantes, les rues des cités Théranes sont invariablement plaisantes et florissantes. Que les visiteurs ne s’y trompent pas : les Thérans ne sont pas particulièrement respectueux de la nature. Ils aiment simplement à plier les lois de la nature à leur botte, autant que celles de la physique ou de la magie.
Les quartiers les plus pauvres ressemblent la plupart du temps à des alignements de simples maisons identiques en pierre, mais sont tout à fait comparables à la plupart des quartiers mondains de bien d’autres cités.
Les teintes ocre et jaunes des bâtiments thérans leur confèrent cet aspect chaleureux incomparable, et l’architecture globale use et abuse de courbes curieuses et d’ellipses osées. Tout est pensé pour que le spectateur se pose invariablement les questions suivantes : qui, comment et pourquoi. Pour la plupart des Barsaiviens, les villes théranes sont délicieusement dépaysantes, mais bien trop exubérantes pour induire un séjour prolongé.

Les habitants

Les thérans sont de bien étranges gens. Leur vie est principalement occupée par l’art et le service, et les tâches les plus physiques sont réservées aux esclaves. Le fait est coutumier, et cela fait bien longtemps que les Thérans considèrent les esclaves comme une nécessité, un privilège, un bien acquis. Les habitants de Théra sont traditionalistes et réactionnaires, et sont donc attachés à un système social de castes et de noblesse, et le système tient en grande partie grâce à une loyauté sans borne envers la couronne de l’empereur. Le système politique est cependant féodal, et de nombreux marquillons dirigent à une échelle plus petite les fragments de la grandeur thérane. Les notaires ont une importance toute particulière en Théra : tout est consigné, tout est géré, et le système juridique d’une lourdeur sans borne fait de l’empire un imbroglio inextricable qui a déjà piégé nombre de Barsaiviens. Les plus infortunés de ceux-ci deviennent en effets esclaves, et passeront leur vie à trimer pour leurs propriétaires. Encore une fois, le tableau n’est pas aussi noir qu’on pourrait le croire.

Les Esclaves

Si l’idée même de l’esclavagisme tend à faire monter le rouge aux tempes des habitants de Barsaive, force est de constater que la domination écrasante des Thérans repose aussi sur cette main d’œuvre bon marché. Alors que la plupart des orcs ou des trolls en parleront comme d’une horreur impie et intolérable, les thérans pour leur part y trouvent leur compte et ne comprennent pas la virulence des paroles des étrangers à ce sujet. Chez les Thérans, les esclaves sont payés, nourris, logés. Ils ont du temps libre (peu), et une couverture médicale. Ils sont pauvres et leur seule existence sociale vient de leur maigre solde. Il est possible que les esclaves soient affranchis par leur propriétaire (ou par la justice dans de très rares cas), et ils deviennent dans ce cas des Thérans confirmés. Il semblerait cependant qu’une exception gênante soit relevée par les chroniqueurs qui en parlent : les esclaves appartenant à l’Empereur le restent, et il semblerait que leur sort soit nettement moins enviable.
Il est bien possible que ce qui gène particulièrement les provinciaux est la mauvaise habitude des thérans à ne pas regarder l’origine de leur marchandise. Ainsi, de nombreux groupes de thérans partent chercher les esclaves directement en Barsaive, et se procurent ainsi la main d’œuvre par les moyens les moins légaux pensables. Ceux-ci ne sont pas ouvertement commandités par les Thérans, mais leur tolérance de la situation reste un point de gêne indéniable pour les Barsaiviens.

L’Empereur, Scythal III

Un homme bien connu de la province : l’empereur Scythal III est encore une énigme. On sait de lui que c’est un vieillard au port haut et aux airs sympathiques. Il semble ployer sous une tâche particulièrement ardue : celle de reconstruire l’empire après le châtiment. Heureusement, il n’a pas encore déclaré à Barsaive d’intention belliqueuse, même si les mouvements de troupes Théranes près de la frontière se font plus fréquents ces dernières années. Tout le monde sait l’empereur Théran respecté de son peuple et aimé de ses pairs, et il semble hors de portée de toute intrigue politique.

Le meilleur ennemi de Barsaive semble avoir remarquablement bien supporté le châtiment. Etant donné les siècles de préparation qu’ils ont bien du mettre à profit, ce n’est pas étonnant. Leur position est gênante pour les Barsaiviens, qui ne peuvent ni ignorer sa présence, ni s’en faire un allié certain, ni leur tourner le dos. Les Thérans ont, eux seuls, toutes les cartes en main.

L'empire Théran

Les ombres de Barsaive Marchetti_Simon Marchetti_Simon