Séance 5

Début : Le 29 Sharassa
1) Les mystères de Throal, ou les aventuriers des trois Arches trouvées
2) À Kaer et à cris, ou la dissolution des responsabilités
3) Malédiction et éponymie

Le récit qui suit est tiré des notes du purificateur obsidien nommé Alphonse.

Les mystères de Throal, ou les aventuriers des trois Arches trouvées

Je reviens de ma fratrie, en me dirigeant vers Grand-Foire, où les autres sont depuis quelques jours, m’attendant. C’est au « Soiffard Insatiable » que nous nous retrouvons, dans une humeur mitigée. Il y a beaucoup de nourriture naine, pour le plus grand plaisir des grands mangeurs, et il y a de la bière. La soirée s’houblonne donc. Je ne rivalise pas de robustesse avec mes amies de route orque et trolle, et encours quelques difficultés à me lever le lendemain.

Il s’avère que Grand-Foire est un repaire de Marché Noir. Ma remarque sur la couleur relative de l’endroit est accueillie par une explication de la part de T’sorbek. Il s’agit d’un COMMERCE non HOMOLOGUÉ PAR UNE AUTORITÉ FINANCIÈRE SUPÉRIEURE. Très intéressant, fascinant, comme dit Cyd. Quoi qu’il en soit, notre séjour (court pour ma part) se termine, et nous nous dirigeons vers l’entrée du Royaume de Throal.

La galerie d’entrée est grandiose. Elle consiste en trois arches titanesques successives, sous lesquelles un campement est monté. Là, des tests artistiques sont soumis à ceux voulant pénétrer en territoire Nain ; mais aucun test n’est donné pour ceux sortant de Throal. C’est donc là l’étendue de l’arrogance, en ces lieux.

Toujours est-il qu’Aylaan, Jah Rod et moi échouons. En conséquence, on nous implante un charme de sang pierreux en plein milieu du front, capable de détecter nos pensées si elles devenaient Horribles. Soit. Ce désagrément mineur passé, nous arrivons au bout d’un grand tunnel évasé au bout duquel se tient une statue immense. Proportions mises à part, elle est censée être l’effigie marbrée de Varulus II, qui nettoya la région des Horreurs, un grand héros parmi les petits êtres solides.

Après quelques tunnels successifs, nous parvenons dans la caverne principale de Throal. Immense, étendue, elle me fait dire que la montagne a été creusée comme une citrouille. Nous longeons un précipice de plusieurs centaines de mètres, et admirons les gigantesques édifices. L’enthousiasme du groupe est sensible, mais Tazok désapprouve. Je le comprends : une œuvre maîtresse est le portrait colossal d’un Nain, gravé sur le flanc d’un palais.
La culture est une chose formidable, surtout lorsqu’elle a clairement permis la survie d’une espèce. Mais était-il nécessaire de vouloir affirmer sa dominance sur la Terre avec un tel faste ? Quand commence la liberté de construire ? Au PERMIS DE CONSTRUIRE, paraît-t-il.

Il semble que les villes et communes du royaume de Throal soient des Kaers connectés les uns aux autres, à travers les montagnes. Des filigranes dorés brodent les massives bâtisses, et d’elles sort une douce lumière qui, si elle dissipe les inévitables ombres des profondeurs, apporte un fantastique à l’existence de l’endroit. Tous les passants, commerçants et habitants que nous croisons semblent empreints d’une absurde dignité que leur prête la lumière murale et leur condition de Nains érudits.

Nos rêveries sont momentanément interrompues alors que Cyd remarque un Elfe de Sang. Des émotions dissemblables nous étreignent. L’indifférence n’en fait pas partie, mais nous ne cherchons pas le contact.

Nous sommes orientés par un garde vers la « Geste de Varulus », une auberge censément appropriée à nos moyens moyens.
Sur plusieurs étages, l’auberge adapte ses prix à la distance par rapport au sol. Les standards nains étant de placer les plus pauvres plus près de la surface, c’est non loin que nous nous installons. T’sorbek et moi, avec mes nouveaux talents de négociant, parvenons à payer seulement huit pièces de cuivre par jour de séjour. Nous balayons et vaissellons gaiement en compensation.

Le premier après-midi, nous apprenons de l’aubergiste que Guilar, le graveur des quais de grès, est venu dans le coin. Tazok lui donne un pour-boire. Le nain ne semble pas disposé à boire tout de suite, cependant.

Dans la journée, nous nous divisons, et je rapporte donc deux tiers des évènements de témoignage indirect. Tazok, Enki et Aylaan s’en furent au palais, chercher un cadastre local et l’adresse de Guilar le graveur. L’humain et la sylpheline admirèrent un temps les riches enluminures et décorations du palais, sur lesquelles le regard de l’orc passa avec l’indifférence de l’ours devant une botte d’asperges. Néanmoins, ils trouvèrent rapidement l’information. À leur arrivée chez Guilar, le vieil obsidien les gratifie d’un « Ah ! Vous m’avez retrouvé! »
Il semble avoir été mis au courant de l’histoire de Feromk’Har, l’orc aux dents noires. Il les informe d’un récent glissement de terrain, qui a révélé une fissure dans la montagne, non loin. Une SETH a été vue y entrer, puis en ressortir… la même SETH qui aurait été vue en d’autres lieux liés à des tablettes du loup. Fort étrange.

Jah Rod et T’sorbek, quant à eux, visitèrent le quartier marchand. Ils n’en tirèrent rien de magistral, mais T’sorbek me ramena quand même une belle écharpe bleu roi, brodée de filigranes d’or. Fort aimable à lui, et je l’en remercie comme il se doit.

Cyd et moi allons nous renseigner dans la Grande Bibliothèque de Throal. Y sont proposés des forfaits de recherche en solitaire, ou accompagné par un intendant. Je choisis la version du pauvre, soit la plus chère, mais que mon ami elfe me paie.
Lui conduit des recherches sur l’Horreur Nébis. Plus tard, il informera Jah Rod et moi-même de ses découvertes : un nain historien a relevé 5 personnes avec tête, torse, jambes et un bras réclamés par l’Horreur. Je crois comprendre que la corruption s’est arrêtée lorsqu’ils ont eu « bon espoir » que ça s’arrête ?

Secret: Alphonse

Sur le chemin du retour, au hasard des promenades, je remarque quelque chose dans les canaux de la ville. Tazok et Jah Rod également. Jusqu’à ce que nous en voyions un, nu et émergé : un T’skrang albinos, aux yeux rouges. Ignoré des passants. Avec un peu plus d’attention, les canaux en abritent un certain nombre. Voulant satisfaire notre curiosité, nous demandons à un garde local. Avec bonhomie, il nous renseigne sur ces « Peaux-blanches », les serviteurs d’un DRAGON vivant sous le royaume, Racine-de-Terre. Il y a un statu quo, quoi que ça signifie, et un accord tacite de mutisme à ce sujet. En tout cas, il ne faut pas remuer l’eau qui dort, surtout quand elle ne dort précisément pas.

Secret: Alphonse, Aylaan, Cyd, Jah Rod


Secret: T’Sorbek

Le lendemain, nous partons vaquer. J’apprécie ce mot. Il sonne brut et réel, mais en dit peu, va-k-é. On me dit que comme le sel, on ne l’utilise pas seul. Je mange pourtant beaucoup de sel, seul. Très intéressant.

Jah Rod se rend pour sa part au sanctuaire de Thystonius, la Passion du Combat, dont le temple jouxte la caverne. Il y trouve nains sur nains, luttant à mains nues dans une petite salle d’entraînement. Je commence à comprendre comment ce troll fonctionne : les défis le font vivre. Dommage qu’il n’en choisisse pas de réalisables.
Ainsi, sélectionnant le plus rapide et solide des nains à portée de vue, il proposa un duel pendant lequel il serait capable de tenir Deux minutes entières. Bien évidemment, ses compétences de projection et de saisies ne firent pas le poids, et malgré d’après ce qu’il dit, je n’étais pas là pour m’assurer de la véracité de sa férocité un acharnement tout à fait trollant, il se retrouva noué au sol en moins de trente secondes.

C’est pendant ces défaites que Aylaan et moi, accompagnés d’Enki, partions vers le sanctuaire de Garlen. L’humaine pâle, frappée de magie, y allait pour ce que je pensais être un bourbeux dessein. Apparemment, tout désireux qu’il était de maîtriser la magie de l’au-delà de l’esprit-conscient-qui-imprègne-le-corps-de-chair, il souhaitait comprendre plus comment entretenir la vie circulante et palpitante chez d’éventuels patients. J’espère que cela ne signifiait pas qu’il se considérait comme un Docteur, car j’ai vu l’efficacité de telles prétentions avec Tazok.
Quoi qu’il en soit, nous nous séparâmes à l’arrivée au sanctuaire, et le sylphelin et moi nous dirigeâmes vers une petite pièce à part.

Secret: Alphonse, Aylaan


Alors que nous sortons, nous voyons Enki s’affairer auprès d’infirmiers aux airs impatients.

À Kaer et à cris, ou la dissolution des responsabilités

Les explorations d’Enki et Cyd amenèrent à la découverte des ventes de Récits d’aventure : En effet, tous les 6 mois, les mois de Riag et de Doddul, une vente est organisée en ce but, à la bibliothèque. Ces vide-aventure me semblent fortement intéressants, et j’y vois une opportunité d’amélioration pécuniaire. T’sorbek me rappelle alors les détails de nos aventures, et la conséquente malaisance à les vendre au premier CLIENT venu. Remarque fort judicieuse, et nous considérons alors une réécriture.

Pour le reste de la journée, j’annonce aller méditer aux jardins du palais, sur le toit.

Secret: Alphonse

Enki poursuit sa quête de demander aux actants de Garlen s’ils n’ont pas besoin d’aide, inlassablement, et en dépit des refus.
Nous apprenons l’existence d’un jardin botanique à Tirtorga, non loin, possédant des trésors chers à mon cœur et à celui de Tazok : des plantes pré-châtiment. Ma confiance en l’orc-docteur n’est pas encore revenue, mais j’apprécie son amour des esprits-lents-imprégnant-la-matière-vivante-lente.

Le soir, nous nous mettons d’accord pour partir explorer cette fissure douteuse. Personne ne voit d’inconvénient à foncer droit dans une entrée à peine révélée par un glissement de terrain imprévu, et moi non plus. Nous allons donc dormir la conscience tranquille, et préparons avec autant de tranquillité notre départ le lendemain.

La fissure se trouve à moins d’une demi-journée de route, mais le paysage est déjà grandiose. Les monts de Throal déchirent le ciel de leurs pics, et saccagent la Terre d’où ils sortent. Les vallées séparant ces géants, à leur échelle, nous paraissent des déserts où seule vivrait la couleur Verte. Oui, ce pigment de Vie semble bien vivant, bien qu’épars, sinuant entre les monts comme un symbiote bienfaisant. Je suis heureux de voir en couleurs. Sinon rien ne m’aurait permis de distinguer ces ovins paissant tranquillement de leur prairie-repas. « Repas futur », dit Tazok, je préciserai repas passé aussi.

Quoi qu’il en soit, nous hélons un brave berger nain, et lui parlons de « Causette ». Je ne veux taper personne, contrairement à ce que dit Jah Rod, et la discussion me rend confus.

En fin de matinée, nous arrivons enfin devant la grande fissure, un peu plus haut sur la montagne nous faisant face. Fiers, vaillants, nous escaladons tant bien que Tazok (mal) la paroi. Passant la rupture, nous arrivons sur une dalle plate, évidemment maçonnée.
Un grand escalier descend devant nous, et nous nous y engageons. Au bout d’un moment, la maçonnerie semble entamée, et la roche est poreuse ; une odeur âcre et iodée flotte dans l’air. Par la suite, l’escalier est quasiment lisse. Les bons yeux de Cyd remarquent des lacérations dans la pierre, comme des stries laissées par de grandes griffes.

Ils remarquent aussi une fosse à piques, un peu plus bas ; une lame cachée dans le mur, rouillée et coincée. Les pièges étaient présents, mais sont âbimés par le temps. Ils ne nous empêchent pas plus de rentrer qu’ils s’opposeraient à une menace de sortir. La pierre est souillée en son essence, elle souffre visiblement. Tazok semble d’accord avec moi sur ce point. Je crois.
Nous arrivons devant une pièce cylindrique dont la porte scellante est renversée par l’oxydation. A l’intérieur, une dalle semi-circulaire borde un bassin d’eau qui me semble fraîche. Alors que nous tergiversons sur qui y plonge, Cyd nous arrête.
Ce n’était pas de l’eau, mais de l’air.
Une habile illusion en vérité, qui ferait plonger tout esprit manquant de discernement vers un aplatissement certain, trente mètres plus bas. Heureusement, la conscience de l’illusion nous permet de la percer. Une échelle est visible, taillée à même la pierre, descendant vers l’inconnu.

Et nous descendons vers l’inconnu susmentionné.
Une lumière verdâtre accompagne une odeur de mort. Alors que nous nous habituons à cette nouvelle source, nous voyons notre environnement.
Un silence absolu étouffe l’ensemble d’habitations dans lequel nous nous trouvons. Des squelettes de nains sont visibles ici et là, au sol. Les murs sont couverts d’une mousse luminescente, que Enki essaie de gratter, avant d’être fort vivement interrompu par l’orc.
La surveillance aérienne d’Aylaan nous assure que l’endroit est aussi mort et inhabité partout où porte son regard. Je m’approche d’un squelette : comme la roche plus tôt, le calcium est poreux, rongé. Comme plongé dans l’acide. L’odeur de mort est tenace.
Un Enki agité nous dit : « La mort a établi domicile ici ! » ce qui ne me semble pas clair, la mort étant un concept et non un organisme ayant besoin d’un terrier, comme une belette ou une taupe.

Cyd et moi supposons qu’une Horreur a envahi l’endroit, vomi de l’acide au centre, puis est partie après avoir tué tout le monde.

Nous repérons trois choses intéressantes dans la proximité immédiate : tout d’abord, un immense bâtiment de quatre étages, nettement plus grand que les habitations adjacentes. Vu la solidité des murs et portes, l’exploration semble dangereuse, surtout pour Jah Rod ou moi, qui dépassons les deux cent kilogrammes. En conséquence, la sylpheline s’engage dans l’exploration.
La deuxième chose que nous repérons est une grande porte décorée d’émeraudes, solidement fermée par un verrou de métal, non oxydé. Enki nous informe que ce type de salle est une sorte de solarium, destiné à reproduire les cycles jour/nuit pour les troglodytes natifs de la surface. Quoi qu’il en soit, c’est solidement fermé. La dernière chose consiste en trois couloirs, que nous explorons tour à tour.
Le premier est une champignonnière, servant à fournir la nourriture pour cet abri. A présent, les champignons sont corrompus à l’extrême, par l’acide ou autre chose. Je propose de tout brûler, mais Tazok désapprouve.
Le second couloir est un lavoir, recouvert d’une sorte de cocon de soie. Nous réalisons qu’il s’agit d’une toile d’araignée géante. Par curiosité, je veux donner un petit coup sur un fil, mais on m’en dissuade. Dommage.
Le dernier couloir n’est qu’une décharge d’outils et débris divers, nous n’y trouvons rien d’intéressant.
En revenant, nous constatons que l’exploration d’Aylaan s’est révélée fructueuse : en voletant difficilement, elle ramène du 4ème étage un gros coffret métallique rouillé. Jah Rod l’ouvre avec enthousiasme, et y trouve une gros livre détérioré et une clef de bonne taille.
Nous laissons le livre, mais la clef ouvre la grande porte. Je le vérifie, et nous entrons dans le solarium.

C’est une grande salle hexagonale, baignée dans une nuit bleutée. Des étoiles sont peintes au plafond, faites pour être admirées par la centaine de personnes pouvant être accueillies dans cette pièce. Les tables de banquet en attestent. Ce banquet macabre a quelque chose de fantastique.

Au centre, une colonne de pierre également hexagonale émet la douce lumière de ces lieux. À l’opposé de notre position, nous voyons un amoncellement chaotique d’une multitude de squelettes entassés ici, à l’intérieur d’une trace brune sur le sol qui fait penser à un épanchement de sang macabre. Derrière, une estrade ; sur laquelle est juché un célèbre mécanisme, la « machine-de-détection-de-fin-de-châtiment » (MaDDeFinDChatte).
La MaDDeFinDChatte est simplement un bol d’eau élémentaire au-dessus de laquelle est mise en lévitation une boule de terre élémentaire. Quand le niveau de magie est normal, la boule touche l’eau. Quand il est anormal (pendant le châtiment), la boule lévite.

Mais ce n’est pas cela qui retient notre attention. Enfin si, quand même un peu. Peut-être aussi le fait qu’Enki essaie de nous dire qu’il y a des morts-vivants dans les parages. Mais pas ça. Mais quoi ?
Oui ! Il y a une de ces fichues tablettes ! Une tablette avec ce loup narquois non affilié avec les canidés ! Posée là, pimpante, à côté de la vasque !
Je la prends.

Ce n’était peut-être pas très judicieux. Trois morts-vivants tombent du plafond, prêts à en découdre. Un squelette nain sans arme visible, un squelette d’orc avec des os taillés remplaçant ses bras, et un obsidien en armure de plaques maniant une massue fichées de fragments cristallins. Nous nous mettons en garde, vivement. L’orc possède un bandeau avec une gemme verte remplaçant une de ses orbites vides. Stressant.
Le premier coup dur est porté par le nain squelette. Murmurant d’innommables incantations, il projeta une mystique lance d’eau sur Jah’Rod qui lui perfora la poitrine de part en part, rendant un bruit peu plaisant. L’obsidien se démena avec T’sorbek, ne parvenant pas à lui écraser sa massue sur la tête, le T’skrang lui filant entre les jambes avec une agilité élevée au rang d’Art. Enki essaie de se débattre avec l’orc tailladeur, ce qui fonctionne un temps ; mais une pointe d’os lui perce l’épaule et lui déchire les chairs. Jah Rod essaie de frapper l’orc avec une torche qui se brise instantanément. Nos perspectives et la pièce s’assombrirent. Les flèches d’Aylaan semblent également inefficaces, ricochant sans dommages sur les cuirs morts. Tazok parvint à un résultat satisfaisant : agitant stupidement un petit fétiche en forme d’abeille, il envoya de l’éther un essaim vrombissant sur l’obsidien. Ce qui le transperça, et lui arracha même un grognement ! Quelles incroyables compétences. Les dards d’abeilles ordinaires ne peuvent percer mon cuir.
Tout sembla perdu lorsque le squelette, bénéficiant de pouvoirs mystiques dans l’après-vie, invoqua un grand blizzard dont les grêlons nous râpèrent le cuir. Le froid et la glace tranchante auraient eu raison de nous si Cyd n’avait pas vivement réagit. Parade. Contre-attaque. Revers. Main de squelette tranchée. Blizzard retombé. Je frappe l’obsidien en pleine poitrine, défonçant l’armure en enfonçant les côtes pourries. Le recul exposa encore l’obsidien zombifié à une rafale d’abeilles, qui l’achevèrent. Mais pas avant qu’il ait pu me porter un terrible coup en pleine poitrine. La masse portait une vibration délétère, et je sens mon sternum de pierre souffrir.
Cyd décapite le squelette mage, et j’essaie de me reprendre, mais l’orc est déjà sur moi et me perce les chairs déjà attendries. Je m’effondre, à la frontière territoriale entre la conscience et l’évanouissement, frontière si problématique que les conseils des nations de Barsaive ne lui ont pas donné de statut pérenne.

Je perçois plus ou moins ce qui se passe par la suite, mais le récit est de la seconde main elfique de Cyd.
« Et là, Enki a détecté une présence, celle d’un fantôme. En effet, le fantôme du squelette. Il nous a dit qu’il avait tué tout le monde dans ce Kaer, parce qu’ils étaient condamnés suite à l’attaque d’une Horreur. Non, il n’a pas été plus précis. Il est resté ici avec les deux marionnettes pour protéger l’endroit. Ah, et il a parlé d’un orc nécromancien venu avant nous pour purifier les âmes de ce lieu. Il lui en est reconnaissant… Mais je ne vois pas qui est venu ici avant nous, à part la SETH. En tout cas ce Kaer était le Kaer des corniches, et le nom de son Seigneur Nain était SaïNeBar (phonétique). »

Malédiction et éponymie

Je me réveille. Au fond de la vasque élémentaire, Jah Rod a trouvé une petite bourse de cuir, vide. Il ne faut pas laisser une bourse vide, et je lui donne une pièce de cuivre. Nous récupérons l’armure, la masse de l’obsidien et le bandeau à lentilles vertes de l’orc. Nous récupérons grossièrement nos moyens au bout de deux heures, grâce à notre demi-magie.

Le retour a lieu sans encombre, si ce n’est qu’au passage des trois Arches, T’sorbek et Cyd doivent rentrer avec une pierre dans le front. Et nous retournons voir Guilar.
Le vieil obsidien est très heureux de nous revoir (en vie). Il est aussi très heureux que les renseignements qu’il nous a fournis se soient révélés utiles.
Il nous dit qu’il a l’opportunité de parler à quelqu’un qui a vu la SETH, et nous propose de le rejoindre dans sa rencontre, le soir même. Nous acceptons, mais allons d’abord au sanctuaire de Garlen panser nos blessures. Pour certains, ce sont nos premières vraies cicatrices de guerre. Les soins prennent l’après-midi, ce qui n’est pas de trop. Les onguents et pansements des questeurs nous réparent, et beaucoup attribuent le fait que nous soyons encore en vie uniquement à notre qualité d’Adeptes.
Nous retournons chez Guilar, au complet, et il prétexte avoir besoin de se changer pour être plus discret. Avec un sourire, nous le laissons partir dans la pièce de vie voisine.

Mais alors que la porte se ferme, les bougies s’éteignent en même temps et de lourds claquements métalliques résonnent au niveau de nos poignets. À peine avons-nous le temps de réaliser que des chaînes d’or spectrales s’enroulaient autour de nos mains qu’une silhouette se matérialisa dans les ombres de la boutique. Une Silhouette Encapuchonnée de Taille Humaine !

Il s’agit en fait d’un petit orc, une fois la capuche enlevée, et alors que mon pauvre esprit se démène pour trouver un nouvel acronyme (SETPO, Silhouette Encapuchonnée de Taille de Petit Orc ? SODMSETHS, Silhouette Orque Décapuchonnée Mais Silhouette Encapuchonnée de Taille Humaine Sinon?), alors que cette énigme me taraude l’esprit, il nous révèle quelque informations d’importance.

Tout d’abord, il se nomme Duhul-Rek. Il possède des tablettes. Il nous dit que ces tablettes sont des « témoins », qu’ils « renforcent » certains faits, créent des histoires. Ils sont tout un tas à faire ça, une confrérie appelée
Les Ombres de Barsaive
et ils font ça toute la journée. Bizarrement, le nom de leur guilde me laisse une impression d’histoire en cours d’écriture dont nous serions des projections semi-conscientes, mais je chasse cette méta-pensée.

Ils disposent ces tablettes depuis l’ouverture des Kaers, en ce qui le concerne il a repris le flambeau de son père après que celui-ci ait trouvé la mort dans un kaer mal nettoyé.
Il lui reste trois tablettes à poser, et son père et lui en ont posé sept. Soit dix au total, si on utilise les règles de la SOMME et de la Différence, et comme il y a quatre cent tablettes environ, il doit y avoir une quarantaine de membres de cette guilde, s’ils en ont tous reçu le même nombre. Mais ce sont mes réflexions, il ne parle pas de leur effectif. Alors que nous nous énervons (sur place, étant enchaînés) sur la corruption de la forêt humide, il nous jure que celui qui a posé la tablette là-bas était un être malveillant qui sera châtié. Je n’en crois rien, et pour m’assurer sa bonne foi, il retire mes chaînes d’un geste. Je parviens à contrôler ma rage, et reste sur place.
A notre confusion vis-à-vis de son désir de nous rencontrer, il oppose un énigmatique « Malheureusement, les choses se précipitent et nous manquons de temps. Notre plan est menacé d’échec si nous n’accélérons pas les choses. »
Il nous assure que ce que nous faisons est de première importance, et de continuer. Avant de partir, il nous demande :
« Que signifie le Châtiment, pour vous ? »
Et nous de rester interdits, sauf T’sorbek, qui répond calmement :
« Mort, Destruction, Renouveau. »
Satisfait de la réponse, il laisse une tablette du loup. Puis il disparaît, et les bougies se rallument alors que nos chaînes disparaissent. Je frappe le sol à le fissurer, gorgé de frustration.

Guilar revient alors, bienheureux :
« Alors, ça s’est bien passé ? »
Il m’érode, le lisse. Il nous dit avoir discuté avec ces gens, et en être très content. Barfgh-kraay-traloum-brug.

Ceci terminant notre journée, nous prenons congé du vieux graveur et filons à l’auberge. Je vais me prendre une cuite, les gens échangent avec animation sur nos aventures de la journée. Je partage l’excitation, mais mes poings me démangent.
Je consacre le lendemain matin à guérir mes mauvaises décisions de la veille sur la quantité d’alcool ingérable par un obsidien, et l’après-midi à graver deux portraits sur du quartz, celui d’Aylaan et de Jah Rod. Je suis très satisfait du résultat, et ils le paraissent aussi. Dans la journée, un Enki fort anémié passe à l’auberge, avec… avec…
…cette andouille (je ne sais pas pourquoi les nains ont des insultes (de degré de familiarité léger, non pas pour offenser réellement) de registre charcutier, mais j’apprécie, ça signifie quelque part « il faudrait te pendre à l’envers quelques jours pour que tu mûrisses » et je trouve ça parlant) a remplacé son œil droit par le bandeau vert que nous avons trouvé sur l’orc.

Quand j’écris « remplacé », j’entends « crevé un œil avec une pointe acérée pour y mettre une gemme de vision thermique à la place ». Il prétend que c’est plus efficace. Je hausse les épaules, pour chasser un frisson. Les charmes de sang ne posent pas de problème direct, mais il faut faire attention à comment on les utilise.

Après un passage chez les forgerons, Jah Rod a identifié sa bourse vide. Il s’agit d’une « bourse de rêve » : lorsqu’elle est vide, on peut conjurer une grossière copie de l’objet convoité, et elle apparaîtra à l’intérieur. Pratique et ludique, par mes os. Pour ma part, j’ai des choses à faire au sanctuaire de Garlen, je me mets en route.

Secret: Alphonse

Lorsque je sors de l"hôpital de la Passion, je suis encore un peu choqué. Mes compagnons ne me pressent pas de questions, mais m’informent d’une nouvelle troublante : l’empereur Théran est mort !
Scythal III est mort, et est remplacé par Andrealfus, le dauphin. Voilà qu’il faut surveiller. Alors que je me demande avec lesquels de mes compagnons je pourrais partager ma non moins troublante aventure, la nuit tombe sur la ville, et le sommeil nous prend. Jah Rod n’est pas encore revenu de la caserne de Thystonius, et nous ne l’attendons pas. Je vais me coucher.

Séance 5

Les ombres de Barsaive Marchetti_Simon Marchetti_Simon